Peut-on atténuer les symptômes de la dépression en bougeant davantage ? Une vaste analyse publiée en 2026 dans la Cochrane Library apporte des éléments concrets. Elle compile les résultats de 73 essais cliniques randomisés menés auprès d’au moins 4 985 adultes souffrant de dépression. Son objectif : mesurer l’effet réel de l’exercice physique structuré, comparé à l’absence de traitement, aux psychothérapies ou aux antidépresseurs.
Exercice physique vs absence de traitement
Parmi les études incluses, 57 essais (2 189 participants) ont comparé une activité physique encadrée à un groupe sans intervention active. Le résultat est net : les participants physiquement actifs présentaient en moyenne une réduction modérée de leurs symptômes dépressifs.
- Effet observé : SMD −0,67
- Intervalle de confiance : −0,82 à −0,52
- Niveau de certitude : faible
Ce chiffre reflète une baisse mesurable des symptômes. Toutefois, lorsque l’analyse se limite aux études les plus rigoureuses (avec tirage au sort dissimulé, évaluation en aveugle et analyse complète des données), l’effet reste mais devient plus modéré : SMD −0,46.
Ce type d’analyse permet de distinguer les résultats les plus fiables des effets amplifiés par des biais d’étude. Et dans cette catégorie, l’exercice garde un effet positif.
Comparaison avec les traitements classiques
L’étude a aussi comparé l’exercice physique à deux approches thérapeutiques établies : la psychothérapie et les antidépresseurs.
- Face à une psychothérapie (10 essais, 414 personnes) : les effets sont équivalents, sans différence significative (SMD 0,03)
- Face aux antidépresseurs (5 essais, 330 personnes) : pas de différence notable non plus (SMD −0,11)
Autrement dit, dans ces essais, l’exercice ne fait ni mieux ni moins bien. Il agit comme une option parmi d’autres, sans preuve de supériorité, mais avec une efficacité comparable.
Que sait-on des effets à long terme ?
Seulement neuf essais ont suivi les participants au-delà de la période d’intervention. Leurs résultats sont jugés très incertains. Les auteurs notent que les effets bénéfiques tendent à s’atténuer avec le temps, mais que les données sont trop limitées pour conclure.
L’exercice semble donc utile à court terme. Pour maintenir ses effets, il faudrait probablement l’intégrer dans une pratique durable, ce que peu d’études ont pu documenter.
Et les effets secondaires ?
Les essais rapportent peu d’événements indésirables liés à l’exercice. Quelques participants ont évoqué :
- des douleurs musculaires ou articulaires
- une exacerbation temporaire de symptômes dépressifs
Ces cas restent rares. À titre de comparaison, les groupes sous antidépresseurs signalaient davantage de fatigue, troubles digestifs ou sexuels.
Cela ne signifie pas que l’exercice est toujours plus “sûr” : il dépend de l’état physique et psychique de chacun. Mais dans les essais, il est globalement bien toléré.
Ce que cette étude nous apprend vraiment

L’exercice physique peut réduire les symptômes de la dépression avec une efficacité modérée, comparable à d’autres traitements chez certains adultes.
Mais il ne remplace pas un accompagnement professionnel, surtout en cas de forme sévère. Les auteurs recommandent de poursuivre les recherches pour mieux comprendre quels types d’exercice conviennent le mieux, pour quels profils, et sur quelle durée.
La pratique régulière reste le point clé. Même si les résultats ne sont pas universels, l’étude confirme que le mouvement, s’il est adapté et suivi, peut jouer un rôle dans le parcours de soin.
Étude source : Clegg AJ et al., Exercise for depression, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2026
